Un peu d’histoire…
Il y a soixante-deux ans exactement, un américain de l’Université de Chicago, Eugene Parker, identifie pour la première fois le vent solaire. Il surnomme ainsi un phénomène que l’on soupçonne depuis les années 1850 de peindre les aurores polaires ou de perturber le télégraphe en attaquant le champ magnétique terrestre. A l’époque, on imagine des paquets de particules chargées émis de temps à autre par le Soleil qui se propagent dans le vide. Au début du XXème siècle, le physicien norvégien Kristian Birkeland étudie sous toutes les coutures les aurores, concluant à l’existence de particules chargées émises en permanence du Soleil, et non de manière sporadique. Un demi-siècle plus tard, ce ne sont pas les aurores mais les comètes qui amènent l’allemand Ludwig Biermann à postuler qu’un flot continu de particules chargées venant de notre étoile pourrait expliquer la direction de la queue ionique des comètes et, peu de temps après, l’anglais Sydney Chapman avance que l’atmosphère du Soleil pourrait s’étendre bien au delà de l’orbite terrestre, et que notre planète baignerait dedans. Quand Eugène Parker publie en 1958 que tous ces Européens doivent parler d’une seule et même chose, un “gaz interplanétaire” qu’il appelle à l’oral “vent solaire”, le débat scientifique s’enflamme et des campagnes d’observations voient le jour. Dès 1959, les premiers satellites confirment les résultats de Parker.
Le vent solaire est un plasma
En 1928, Irving Langmuir (1881-1957) a introduit le mot “plasma” pour désigner un gaz partiellement ou totalement ionisé. En 1963, David A. Frank-Kamenezki désigne pour la première fois le plasma comme le “quatrième état de la matière”. Le vent solaire est un plasma. C’est-à-dire que le vent solaire est un gaz qui, au niveau de l’orbite terrestre, est dix milliards de milliards de fois moins dense que l’air au niveau de la mer sur Terre. Sa température dépasse les cent mille degrés et sa vitesse moyenne est de plus d’un million de kilomètres par heure. Dans ces conditions extrêmes, on ne parle plus de gaz mais de plasma, car la matière est dans un état où la majorité des atomes sont ionisés. Un plasma est donc un ensemble de particules chargées, des ions et des électrons, globalement neutre du point de vue électrique et qui présente néanmoins un comportement collectif. Ce dernier point signifie que lorsqu’on applique au plasma une perturbation, un grand nombre de particules de celui-ci sont impliquées dans la réponse macroscopique à la perturbation. Le plasma conduit l’électricité et interagit avec le champ magnétique. Le champ magnétique guide le plasma, mais celui-ci peut à son tour modifier le champ magnétique. De par sa nature de plasma, le vent solaire est étudié à des échelles diverses par différentes théories.
Principales caractéristiques du vent solaire
Le vent solaire s’échappe en permanence de la couronne solaire, l’atmosphère principalement composée d’hydrogène chaud ionisé qui entoure le Soleil et résulte des réactions nucléaires qui ont lieu au sein de notre étoile. En effet, une petite fraction des ions contenus dans la couronne solaire a une vitesse thermique supérieure à la vitesse de libération du Soleil (qui est d’environ 618 km/s [Russell et al., 2016]), et échappe donc à l’attraction gravitationnelle du Soleil pour se propager radialement depuis le Soleil jusqu’aux confins de l’héliosphère, qui délimite la sphère d’influence du Soleil. Le vent solaire présente deux composantes principales : aux hautes latitudes, on observe essentiellement le vent solaire rapide tandis que dans le plan de l’écliptique, où se trouvent les planètes, on mesure le vent solaire lent et le vent solaire rapide en proportions variables selon l’activité solaire.
Texte adapté de la thèse de doctorat de Léa Griton (chapitre 1)